Être une femme, c'est bruncher entre copines, parler des hommes, faire "hihi", oublier de payer EDF, hurler quand une souris traverse le quai du métro, glousser que New-York, c'est TROBIEN, aller chez le coiffeur tout le temps, surconsommer, médire, et vouloir à tout prix une paire de Louboutin. Tu sais, les pompes chères avec des semelles rouge. Rouge sang.
La contraception, c'est pas bien compliqué, ma pauvre fille. Ça commence comme cela ; un retard dans les règles, parfois inaperçu, puis la fatigue qui s’abat, les seins qui s’alourdissent à t'en tirer les larmes, un test acheté en douce, et tout de suite après, un constat, seule, dans tes chiottes, un drame. Une prise de sang pour confirmer la panique, le résultat, noir sur blanc. Et ce rendez-vous à l'hôpital, l'explication de la procédure par un robot déguisé en personnel médical. Un entretien obligatoire, ce non choix : psy, assistante sociale ou conseiller conjugal.. "Votre décision de ne pas avertir le père indique clairement un problème d'ego." Tu as failli laisser échapper un rire nerveux lorsqu’elle a prononcé le mot père mais tu ne bronches pas, tu n’as qu’une phrase en tête :"tamponne-moi ce formulaire". Non c'est pas une blague. C'est obligatoire, sinon tu enfantes et tu te démerdes avec ton gosse et ce géniteur dont tu ne veux pas plus qu’il ne souhaite le binôme que tu es à présent. S'en suit l'échographie, on te demande de regarder l'écran, on t'explique tout sur le fœtus, en disant "votre fœtus mademoiselle"; sa taille, sa position, son développement futur, on fait comme si tu allais le garder. Tu essaies de ne pas écouter, de ne rien retenir des informations, mais tu entends, à cause du "votre" bien articulé. Puis l'intervention, l’anesthésie locale, l'aspiration, les discussions du personnel soignant qui trifouille dans ton ventre. Ils papotent et t'aspirent. Puis la chambre, l'infirmière qui t’annonce qu'il est temps que tu rentres saigner chez toi. Et cette pilule, c'est toi qui as oublié de la prendre, personne d'autre.
Tu penses être au dessus du lot, que cela n'arrive qu'aux faibles ou aux beaufs, jusqu’à cette baffe, à quatre heures du matin, avinée. Puis quelques mois plus tard, un coup de poing, dans le ventre, puis un autre au visage, puis cent autres. Et ces menaces, ces promesses de douleur, de défiguration, ce regard plein de folie, cette haine. Et ton visage maintenu sous l'eau gelée de la baignoire, puis un cendrier qui te brisera le nez, cet œil au beurre noir qui ne te quitte jamais. Et tu saignes, un peu tous les jours. Et tu t'excuses de saigner autant, jusqu'à ce qu'enfin tu oses t'enfuir, au mépris de ta peur de l’hémoglobine. Et cet homme, c'est toi qui l'as choisi, personne d'autre.
Un autre jour, le test de grossesse positif n'est plus une mauvaise nouvelle, car vous êtes deux et adultes cette fois-ci. Nausées insupportables, fatigue, mais tu rayonnes car c'est bien ainsi, tout est prévu. Quatre mois et demi, des saignements, la douleur, l’inquiétude, l'obstétricien qui cherche de la vie dans tes entrailles et ne trouve que du sang. C'est fini. Ton corps saigne, à cause d'un coup de poing dans le ventre. Et ce père pour ton enfant, c'est toi qui l'as choisi, personne d'autre.
Un mercredi, fin d’après-midi. Sur ta poitrine s'étouffe le souffle d'un homme marié. Trahison de femme à femme envers l'épouse de ce dernier, qui n'a ni prénom ni visage, mais qui est là, sous les draps, sur ta peau, tatouée sur cet annulaire gauche planté entre tes jambes. Et lorsqu'en plein orgasme, tes doigts, dans un spasme, se serrent autour du métal froid de cette alliance, un dégoût te saisit, ce n’est pas l’autre, c’est toi, l’infâme, la pute. Tu pensais qu'être un stéréotype, un 5 à 7, une maîtresse, ça n'arrivait qu'aux paumées. Sur cette main baguée, du sang séché, celui de son fils, qui s'est écorché, au foot, quelques heures plus tôt et que son père, attentif, a soigné. Et ce mari, c'est toi qui l'as abordé, personne d'autre.
Cette nuit-là, ce parking. 3ème sous-sol. Tu marches vers l'ascenseur, passes la double porte. Normalement, ces portes - tu les connais - font un rafut innommable en claquant derrière toi. Un rafut rassurant. Pas ce soir-là. Battants retenus par une main d'homme, dont tu as oublié le visage. En entendant le silence, tu as compris. Tellement banal t’es même tu dit, une seconde avant que son corps n’écrase le tien. Il n'y a pas eu un son, un mot, un mouvement de défense, tes muscles étaient tétanisés, ta tête traumatisée, tes cordes vocales paralysées. Il a mis un préservatif, tu te souviens avoir, sur le moment, considéré que tu avais alors de la chance. Tu ne sauras jamais combien de temps cela a duré, tu ne te souviendras jamais de son visage, et sans doute, honteuse de n’avoir pu te défendre, tairas-tu ton impuissance pour toujours. Du sang sur tes lèvres, là où il a planté ses dents, une plaie. Et ce parking, c'est toi qui as décidé de t'y garer, malgré l'heure tardive et les pages faits divers, personne d'autre.
Etre femme, c'est parfois saigner, et malgré cela, aimer les jolies chaussures.
http://www.ioudgine.com/archive/2010/03/08/journee-de-la-femme.html
Très belle illustration!!oui c'est souvent la femme qui choisit, et elle fait souvent des erreurs!!
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